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Stratégie en ligne

Bankroll au poker en ligne : combien de caves selon le format

Combien de caves prévoir en cash game, en tournoi ou en Spin & Go ? Les fourchettes par format, calculées à partir de l’écart type et du risque de ruine.

Bankroll au poker en ligne : combien de caves selon le format

En ligne, comptez 30 caves en cash game No Limit, 40 en fast-fold, 150 à 200 buy-ins moyens en tournoi multitable et 150 à 200 buy-ins en Spin & Go. Une cave, c’est un tapis complet de 100 grosses blindes : en NL10 (blindes à 0,05/0,10 €), elle vaut 10 €, donc 300 € de bankroll. Ces fourchettes découlent de la variance propre à chaque format et supposent une chose : que vous soyez gagnant. Un joueur à l’équilibre ou perdant n’a jamais assez de caves, il a seulement un délai plus ou moins long.

L’écart type, la vraie raison de compter en caves

En cash game 6-max (six joueurs au plus par table), l’écart type d’un joueur en ligne se situe autour de 80 à 100 grosses blindes pour 100 mains (bb/100). La valeur de 90 bb/100 est celle qu’on retient le plus souvent. Sur 10 000 mains, cet écart grimpe à 900 bb (90 × √100), soit 9 caves. Un joueur qui gagne 5 bb/100 espère +500 bb sur cet échantillon, mais tout résultat compris entre −1 300 et +2 300 bb reste dans la fourchette normale à deux écarts types. Perdre 13 caves en 10 000 mains en étant gagnant n’a rien d’anormal.

La formule du risque de ruine relie ces grandeurs : risque = exp(−2 × winrate × bankroll / écart type²), le winrate et l’écart type étant exprimés en bb/100 et la bankroll en grosses blindes. Le tableau ci-dessous l’applique avec un écart type de 90 bb/100.

Winrate Risque de ruine 5 % Risque de ruine 1 %
5 bb/100 24 caves (2 427 bb) 37 caves (3 730 bb)
2 bb/100 61 caves (6 066 bb) 93 caves (9 325 bb)

Deux limites à ce calcul. Il suppose que vous ne descendez jamais de limite, alors qu’une règle de descente fait l’essentiel du travail de protection : d’où les 30 caves qui suffisent à la plupart des joueurs gagnants. Et il suppose que vous connaissez votre winrate. Or, sur 50 000 mains, l’intervalle de confiance à 95 % reste d’environ ±8 bb/100. Autrement dit, un joueur qui affiche 5 bb/100 après 50 000 mains peut tout à fait être à −3 ou à +13 dans les faits. Je préfère donc toujours raisonner avec un winrate plus bas que celui qu’affiche le tracker.

Le nombre de caves format par format

Format en ligne Bankroll conseillée Ce qui la justifie
Cash game NL classique (6-max ou full ring) 30 caves (20 en mode agressif, 50 en mode prudent) Écart type d’environ 90 bb/100, résultats qui se lissent vite grâce au volume
Cash game fast-fold 40 caves Même écart type, mais winrates plus bas dans des pools dominés par les réguliers
Sit & Go classique (6 ou 9 joueurs) 50 à 100 buy-ins Un tiers environ des places payées, peu d’écart entre les prix
Tournoi multitable (MTT) 150 à 200 buy-ins moyens, plus pour les gros champs La grande majorité des entrées ne rapporte rien, l’essentiel des gains vient de quelques tables finales
Tournoi bounty ou progressive KO 100 à 150 buy-ins Une partie du prize pool est versée en primes en cours de partie, ce qui lisse les résultats
Spin & Go / Expresso 150 à 200 buy-ins Le gagnant prend tout dans la quasi-totalité des parties, multiplicateur ×2 une fois sur deux

En tournoi, la règle se calcule sur le buy-in moyen (ABI, pour average buy-in), pondéré par le nombre d’entrées, chaque re-entry comptant comme une nouvelle entrée. Le fonctionnement du late reg et des re-entries est détaillé dans le guide des structures de tournois en ligne, et celui des primes dans l’article sur les tournois bounty et progressive KO.

Spin & Go et Expresso : pourquoi 150 buy-ins ne sont pas du luxe

Les chiffres officiels de Winamax pour l’Expresso à 5 € montrent bien le problème. Le jackpot de 10 € (deux fois la mise) tombe dans 52,5 % des parties. Le gagnant empoche la totalité du jackpot dès que celui-ci ne dépasse pas 20 fois l’inscription, soit dans plus de 99,9 % des parties : les deux autres joueurs repartent sans rien. Le rake est de 7 % (8 % sur les Expresso à 0,25 € et 0,50 €), et le jackpot moyen vaut 2,79 fois la mise pour 3 mises engagées.

Conséquence directe : il faut remporter environ 35,8 % des parties (1 / 2,79) pour simplement rembourser le rake. Même un joueur nettement gagnant perd donc la majorité de ses Expresso, et des séries de dix défaites d’affilée finissent par arriver sur quelques milliers de parties. Le détail des grilles de multiplicateurs figure dans l’article consacré au fonctionnement des Spin & Go. Mon conseil : 200 buy-ins tant que vous n’avez pas plusieurs milliers de parties pour estimer votre taux de victoire.

Monter et descendre de limite avec une règle écrite à l’avance

Une bankroll ne sert à rien si la règle de passage d’une limite à l’autre se décide après une mauvaise soirée. Je conseille de l’écrire avant de s’asseoir. Un exemple simple en cash game :

  • monter en NL25 quand la bankroll atteint 30 caves de NL25, soit 750 € ;
  • redescendre en NL10 dès qu’elle passe sous 20 caves de NL25, soit 500 € ;
  • tenter la limite au-dessus avec un budget fixe (cinq caves, par exemple), et revenir dès qu’il est consommé.

Trois éléments propres au jeu en ligne modifient le calcul. Le rake d’abord : aux micro-limites, il ampute le winrate de plusieurs bb/100, et c’est un winrate net de rake qui entre dans la formule (voir l’article sur ce que prélèvent les rooms à chaque main). Le nombre de tables ensuite : le multitabling accélère le volume, donc les swings par heure, et fait souvent baisser le winrate par main. Le bonus enfin : un bonus de bienvenue encore bloqué ne fait pas partie de la bankroll tant qu’il n’est pas crédité en argent réel.

Je conseille aussi de séparer l’argent du poker du reste : un compte de room alimenté une fois, puis des retraits quand la bankroll dépasse nettement le seuil visé (délais détaillés dans l’article sur les dépôts et retraits). Pour savoir où vous en êtes, un tracker vaut mieux que le solde du compte.

Sur un point, je n’ai pas d’argument décisif : en MTT, l’écart entre 150 et 300 buy-ins dépend surtout de la taille des champs. Un régulier des tournois à quelques centaines d’inscrits s’en sort avec le bas de la fourchette ; sur les gros tournois du dimanche, même 300 buy-ins peuvent fondre.

Caves et limites : ce qui bloque au moment de s’asseoir

Quelle bankroll pour jouer en NL10 ?

Avec la règle des 30 caves, il faut 300 € pour jouer en NL10, puisque la cave maximale y vaut 10 €. Avec 200 €, soit 20 caves, vous jouez en mode agressif et devez redescendre en NL5 au premier gros swing. En fast-fold, visez plutôt 400 €.

Combien de buy-ins pour jouer les Spin & Go ?

Comptez 150 à 200 buy-ins, soit 750 à 1 000 € pour des Spin & Go ou des Expresso à 5 €. Le gagnant rafle tout dans la quasi-totalité des parties, et il faut gagner environ 35,8 % des parties sur Winamax pour rembourser le rake de 7 %. Les séries de défaites sont donc longues, même pour un bon joueur.

Faut-il compter un bonus de bienvenue dans sa bankroll ?

Non, tant qu’il n’est pas débloqué. La plupart des bonus poker se libèrent par tranches, au fil du rake ou des points de fidélité générés. Seule la part effectivement créditée en argent réel entre dans le calcul des caves.

Quand faut-il descendre de limite au poker en ligne ?

Dès que la bankroll passe sous le seuil fixé à l’avance, en général 20 caves de la limite jouée. Descendre n’est pas un aveu d’échec : c’est ce qui rend une bankroll de 30 caves suffisante, car le risque de ruine calculé suppose qu’on reste à la même limite.

Julien

Auteur du site. Julien suit le poker en ligne français depuis l’ouverture du marché en 2010, et lit les rapports de l’ANJ avant les communiqués des rooms. Les avis sont les miens ; les chiffres viennent des documents de l’ANJ, des rooms et des textes officiels, avec leur date.

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