Le VPIP (voluntarily put money in pot) est le pourcentage de mains où un joueur met de l’argent dans le pot avant le flop de son plein gré : il suit (call) ou relance. Le PFR (preflop raise) est le pourcentage de mains qu’il relance avant le flop, relances et sur-relances comprises. Le 3-bet mesure la fréquence à laquelle il sur-relance quand quelqu’un a déjà ouvert. Un joueur à 24/20 joue une main sur quatre et relance presque toutes celles qu’il joue ; un joueur à 45/6 paie beaucoup et relance peu. Ces trois chiffres suffisent à classer un adversaire en quelques dizaines de mains, à condition de savoir ce qu’ils ne disent pas encore.
Les définitions exactes, avant le flop
Les blindes posées ne comptent pas dans le VPIP : elles sont forcées. Un check de grosse blinde dans un pot non relancé ne compte pas non plus. En revanche, compléter depuis la petite blinde compte, puisque c’est un choix. Le PFR est donc toujours inférieur ou égal au VPIP.
| Statistique | Calcul | Ce qu’elle révèle |
|---|---|---|
| VPIP | Mains où le joueur a payé ou relancé volontairement préflop / mains distribuées | La largeur de sa sélection de mains |
| PFR | Mains relancées préflop (open, 3-bet, 4-bet) / mains distribuées | Son goût pour l’initiative |
| 3-bet | Sur-relances / occasions de sur-relancer (face à une ouverture) | Sa réponse aux ouvertures adverses |
| Fold to 3-bet | Abandons face à une sur-relance / fois où il a été sur-relancé après avoir ouvert | Sa capacité à défendre ses ouvertures |
| C-bet flop | Mises au flop en tant que dernier relanceur préflop / occasions | Sa propension à continuer l’agression |
Une nuance qui piège beaucoup de lecteurs de HUD : le VPIP et le PFR se calculent sur toutes les mains distribuées, le 3-bet et le fold to 3-bet sur les seules occasions. Un 3-bet à 9 % sur 200 mains repose peut-être sur 40 situations, pas sur 200. J’y reviens plus bas, c’est le cœur du problème.
Après le flop : AF, AFq, WTSD
Le facteur d’agression (AF) se calcule après le flop : (mises + relances) / suivis. Un AF de 3 signifie trois actions agressives pour un call. Il ignore les folds et les checks, ce qui le rend instable. L’AFq (aggression frequency) corrige ce biais : (mises + relances) / (mises + relances + suivis + abandons), exprimé en pourcentage. Je regarde l’AFq plutôt que l’AF dès que l’échantillon le permet.
Le WTSD (went to showdown) est le pourcentage de fois où un joueur va jusqu’à l’abattage parmi les mains où il a vu le flop. Le W$SD est la part de ces abattages qu’il gagne. Un WTSD élevé et un W$SD bas, c’est le portrait du joueur qui paie trop souvent la dernière mise.
Profils types : des repères, pas des seuils
Les fourchettes ci-dessous valent pour du cash game en 6-max (six joueurs par table). Ce sont des repères d’usage chez les joueurs en ligne, pas des normes : elles bougent avec la limite, le rake et le nombre de joueurs.
| Profil | VPIP | PFR | 3-bet | Signe distinctif |
|---|---|---|---|---|
| Nit (très serré) | 10 à 16 % | 8 à 13 % | 2 à 4 % | Ne joue que le haut de gamme, abandonne vite |
| TAG (serré-agressif) | 19 à 26 % | 16 à 22 % | 5 à 9 % | Écart VPIP-PFR faible, profil du régulier |
| LAG (large-agressif) | 27 à 35 % | 22 à 30 % | 9 à 14 % | Ouvre et sur-relance large, met la pression |
| Fish passif | 35 % et plus | moins de 12 % | 1 à 3 % | Écart VPIP-PFR énorme, paie beaucoup |
| Maniaque | 45 % et plus | 30 % et plus | 15 % et plus | Relance tout, AF très élevé |
L’écart entre VPIP et PFR est l’indicateur que je regarde avant tout. Moins de 5 points : le joueur relance ce qu’il joue. Plus de 15 points : il paie beaucoup d’ouvertures sans les relancer, ce qui le place souvent hors position avec des mains moyennes. En Spin & Go ou en Expresso à trois, ces repères ne s’appliquent plus : avec trois joueurs et des tapis courts, un VPIP de 50 % est banal. Winamax l’a intégré à son HUD natif, qui remplace le VPIP par un VPIP mesuré au seul bouton dans ce format (voir l’article sur le Spin & Go).
Combien de mains avant de croire un chiffre
Une statistique de HUD est une fréquence observée sur un échantillon. Son incertitude se calcule. Pour un VPIP réel de 25 %, l’intervalle de confiance à 95 % autour de la valeur observée vaut environ ± 1,96 × √(0,25 × 0,75 / n), n étant le nombre de mains.
| Échantillon | VPIP réel 25 % : marge à 95 % | 3-bet réel 8 % : marge à 95 % (en occasions) |
|---|---|---|
| 30 | ± 15,5 points | ± 9,7 points |
| 100 | ± 8,5 points | ± 5,3 points |
| 300 | ± 4,9 points | ± 3,1 points |
| 1 000 | ± 2,7 points | ± 1,7 point |
Lecture concrète : après 100 mains, un joueur affiché à 25 % de VPIP peut réellement jouer entre 17 et 33 %. C’est assez pour distinguer un nit d’un fish, pas un TAG d’un LAG. Pour le 3-bet, la colonne compte des occasions, et celles-ci s’accumulent bien plus lentement que les mains : il faut souvent plusieurs centaines de mains pour atteindre 100 occasions. Les statistiques postflop comme le WTSD sont encore plus lentes, puisqu’elles ne portent que sur les mains où le joueur voit le flop.
Je me suis longtemps trompé sur ce point : je lisais un 3-bet à 15 % sur 150 mains comme un signal fort. C’était au mieux une hypothèse. En fast-fold, où l’on croise les mêmes réguliers des milliers de fois, les échantillons deviennent solides ; sur une table de tournoi où vous passerez quarante minutes, ils ne le deviendront jamais.
Ce que je regarde en premier à une table
Dans l’ordre : le nombre de mains, puis l’écart VPIP-PFR, puis le 3-bet si l’échantillon le permet. Le reste attend. Je déconseille les HUD à vingt cases quand on débute : on finit par fixer des chiffres instables au lieu de suivre la main. Avec plusieurs tables ouvertes, quatre statistiques bien choisies valent mieux qu’un tableau de bord, ce que le guide du multitabling détaille.
Le fonctionnement technique des outils qui collectent ces chiffres, et les rooms qui les autorisent, sont traités dans l’article sur les trackers et HUD. Pour savoir comment exploiter un écart mesuré, la comparaison avec une stratégie d’équilibre passe par un solveur. Enfin, si vous venez du live, ces statistiques remplacent en partie les indices physiques ; l’article du live au poker en ligne fait le tour de ce qui change.
VPIP et PFR : ce qui coince à la lecture
Quel est un bon VPIP au poker en ligne ?
En cash game 6-max, les réguliers se situent le plus souvent entre 20 et 27 % de VPIP, avec un PFR proche. À une table pleine de 9 joueurs, les valeurs descendent de quelques points. Il n’existe pas de chiffre idéal hors contexte : position, limite et format changent la cible.
Quelle différence entre VPIP et PFR ?
Le VPIP compte toutes les mains jouées volontairement avant le flop, en payant ou en relançant. Le PFR ne compte que celles où le joueur a relancé. Le PFR est donc toujours inférieur ou égal au VPIP, et l’écart entre les deux mesure la part de jeu passif.
Que signifie 3-bet au poker ?
Le 3-bet est la sur-relance avant le flop : la grosse blinde compte comme première mise, l’ouverture comme deuxième, la sur-relance comme troisième. La statistique de 3-bet d’un HUD rapporte ces sur-relances aux seules occasions où le joueur faisait face à une ouverture.
Combien de mains pour qu’un VPIP soit fiable ?
Après 100 mains, la marge d’erreur à 95 % autour d’un VPIP de 25 % est d’environ 8,5 points. Après 1 000 mains, elle descend sous 3 points. Le VPIP se stabilise vite ; le 3-bet et les statistiques postflop demandent beaucoup plus d’échantillon.
Auteur d’Online Poker Info : suit le poker en ligne français depuis l’ouverture du marché en 2010, et lit les rapports de l’ANJ avant les communiqués des rooms.


