Aller au contenu
Rooms & marché

Liquidité partagée : France, Espagne, Portugal à la même table

Depuis 2018, les joueurs français peuvent affronter Espagnols et Portugais sans quitter un site agréé. L’Italie a signé mais n’a jamais rejoint le pool. Le cadre, les dates, les effets.

Liquidité partagée : France, Espagne, Portugal à la même table

Oui, un joueur inscrit sur un site agréé en France peut s’asseoir à la même table que des joueurs espagnols depuis janvier 2018, et portugais depuis mai 2018. C’est la liquidité partagée : plusieurs régulateurs acceptent que leurs joueurs se retrouvent dans un même pool. L’Italie a signé l’accord en 2017 mais ne l’a jamais appliqué ; en 2026, le pool reste à trois pays.

D’un marché fermé à un pool à trois pays

La loi du 12 mai 2010 avait construit un marché fermé : un joueur d’un site en .fr ne pouvait jouer qu’avec d’autres joueurs de sites agréés en France. Pendant sept ans, le poker en ligne français a donc tourné en vase clos, avec des tables vides aux heures creuses et aux limites élevées.

Le verrou a sauté en plusieurs étapes :

  • 2016 : la loi pour une République numérique complète l’article 14 de la loi de 2010. Le régulateur peut désormais autoriser un opérateur agréé à faire jouer ses inscrits avec ceux d’un opérateur établi dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen, à condition qu’une convention lie les régulateurs.
  • 6 juillet 2017 : la convention est signée à Rome par l’ARJEL (France), la DGOJ (Espagne), l’ADM (Italie) et le SRIJ (Portugal).
  • 20 juillet 2017 : l’ARJEL fixe par décision les conditions d’obtention de l’autorisation.
  • Janvier 2018 : PokerStars ouvre les premières tables franco-espagnoles.
  • Mai 2018 : les joueurs portugais rejoignent le pool de PokerStars.
Pays Régulateur Signature de l’accord Joueurs dans le pool
France ARJEL, puis ANJ depuis 2020 6 juillet 2017 Depuis janvier 2018
Espagne DGOJ 6 juillet 2017 Depuis janvier 2018
Portugal SRIJ 6 juillet 2017 Depuis mai 2018
Italie ADM 6 juillet 2017 Jamais activé (situation en 2026)

Une autorisation room par room

La liquidité partagée n’est pas automatique. Chaque opérateur titulaire d’un agrément poker doit demander une autorisation spécifique à l’ANJ (hier à l’ARJEL). Les décisions publiées montrent le calendrier : Winamax est autorisé le 8 février 2018, Betclic et SPS Betting France (qui exploitait alors Unibet) le 15 mars 2018. Plus récemment, FDJ Online Betting and Gaming France, la filiale de FDJ United qui porte Unibet, a reçu la sienne le 23 janvier 2025, le jour même de son agrément poker.

Chaque autorisation pose les mêmes conditions : l’accord de toutes les autorités concernées, l’homologation des logiciels utilisés pour les tables communes, et l’obligation de prévenir le régulateur de toute nouvelle adhésion au dispositif. Elle court pour la durée restante de l’agrément poker de l’opérateur.

Autorisation ne veut pas dire usage. Pour ouvrir des tables communes, une room doit aussi être présente, sous licence, dans l’autre pays. PokerStars l’était partout et a ouvert le bal. partypoker a lancé en juin 2018 un site commun France-Espagne. Winamax réunit ses joueurs français et espagnols. Les rooms sans activité poker en Espagne ou au Portugal n’ont, en pratique, personne avec qui partager. Vous trouverez la liste complète des opérateurs français dans l’article sur les sites de poker légaux en France.

Ce qui change à la table, et ce qui ne bouge pas

Pour vous, rien ne change côté compte. Vous restez inscrit sur le site .fr, avec la vérification d’identité française, vos dépôts et retraits gérés par l’opérateur agréé en France. Les adversaires espagnols et portugais, eux, restent sous l’autorité de leur propre régulateur. Seule la table est commune.

Ce qui change, c’est le volume. D’après les relevés de trafic publiés à l’époque par la presse spécialisée, le cash game de PokerStars est passé d’environ 1 600 à 1 700 joueurs connectés à plus de 2 500 dans les semaines qui ont suivi l’ouverture des tables franco-espagnoles. Plus de joueurs, c’est concrètement :

  • davantage de tables ouvertes aux limites moyennes et hautes ;
  • des garanties plus élevées sur les tournois en ligne, de la late reg au re-entry ;
  • des pools de fast-fold qui tournent à toute heure, ce format ayant besoin de beaucoup de joueurs pour garder son rythme.

Je me suis longtemps trompé sur un point : je pensais que la liquidité partagée relancerait durablement le cash game. Les chiffres de l’ANJ disent le contraire. La part du cash game dans le produit brut du poker en ligne est passée de 27 % en 2020 à 19 % en 2025, malgré le pool commun. Le trafic supplémentaire a surtout nourri les tournois et les formats rapides. Le détail est dans l’article sur les chiffres du marché du poker en ligne en France.

Mon avis : la liquidité partagée profite d’abord aux rooms déjà présentes dans les trois pays. Elle renforce les gros réseaux plus qu’elle ne relance les petits. Pour un joueur qui enchaîne les tables, elle compte plus que n’importe quel bonus, parce qu’elle conditionne le nombre de parties disponibles quand vous pratiquez le multitabling.

L’Italie, signataire depuis 2017, absente depuis 2017

L’Italie a signé la convention de Rome comme les trois autres. Elle ne l’a jamais mise en œuvre : en 2018, alors que la France, l’Espagne et le Portugal ouvraient leurs tables, le gouvernement italien a choisi de rester à l’écart, sur fond d’opposition d’une partie de l’industrie locale et de la classe politique. Depuis, le sujet revient régulièrement devant le Parlement italien et chez le régulateur ADM, sans texte d’application. En 2026, aucun joueur inscrit sur un site italien ne joue dans le pool.

Le jour où l’Italie entrera, l’effet sera mécanique : un quatrième grand marché du poker européen dans le même pool. Quand ? Sur ce point, je n’ai pas d’argument décisif. Les annonces italiennes se succèdent depuis huit ans, et je ne compte une ouverture qu’une fois les tables réellement communes.

Dernière précision juridique : la loi française ne permet le partage qu’avec des opérateurs établis dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen, et seulement dans le cadre d’une convention entre régulateurs. Un site international non agréé en France n’entre donc pas dans ce dispositif, quel que soit son trafic. Côté fiscal, jouer contre des étrangers ne change rien au statut de vos gains, traité dans l’article gains au poker en ligne et impôts.

Tables communes : les détails qui comptent

Quels pays partagent la liquidité au poker avec la France ?

L’Espagne depuis janvier 2018 et le Portugal depuis mai 2018. L’Italie a signé la convention du 6 juillet 2017 mais ne l’a jamais appliquée : en 2026, ses joueurs ne font pas partie du pool.

Peut-on jouer contre des joueurs italiens sur un site français ?

Non. Les sites agréés en France ne partagent leurs tables qu’avec des joueurs inscrits en Espagne et au Portugal. Les joueurs italiens restent cantonnés aux sites agréés en Italie.

Toutes les rooms françaises pratiquent-elles la liquidité partagée ?

Non. Il faut une autorisation de l’ANJ et une activité sous licence dans l’autre pays. PokerStars a ouvert les premières tables communes en 2018, Winamax réunit Français et Espagnols ; les rooms absentes d’Espagne et du Portugal n’ont personne avec qui partager.

La liquidité partagée change-t-elle quelque chose au compte joueur ?

Non. Le compte reste ouvert sur le site .fr, avec les règles françaises de vérification d’identité, de dépôt et de retrait. Seule la table réunit des joueurs inscrits dans plusieurs pays.

Julien

Auteur du site. Julien suit le poker en ligne français depuis l’ouverture du marché en 2010, et lit les rapports de l’ANJ avant les communiqués des rooms. Les avis sont les miens ; les chiffres viennent des documents de l’ANJ, des rooms et des textes officiels, avec leur date.

Qui écrit ici

À lire dans les autres rubriques